Aujourd’hui, voici un texte de Christian Bobin, pour illustrer cette sentence « Nous ne sommes pas des êtres humains ayant une expérience spirituelle. Nous sommes des êtres spirituels ayant une expérience humaine. » attribuée à Pierre Teilhard de Chardin, jésuite, chercheur, théologien, paléontologue et philosophe français.
Je nous invite en cette journée de l’au-revoir, « l’ascension », célébré par un grand nombre de chrétiens dans le monde, à vivre relié-e-s à cette vérité toute simple.
« Il n’y a pas de vie spirituelle. C’est toute la vie qui est esprit, ou bien elle n’est qu’une affaire digestive ou culturelle.
L’esprit est un travail de soi sur soi. Même en dormant il se poursuit.
J’ai vu les éclats tremblés d’une prairie, comment chaque fleurette tordait son cou, suivait les mouvements de l’astre dépensier, ne perdait pas une seule goutte de lumière. Ce que fait une fleur est du même ordre que ce que fait un chartreux dans sa cellule boisée, posant ses mains sur une bible d’avant Gutenberg, lourde taupe de langage au cuir jauni. Le travail spirituel est le travail de vivre, tout simplement.
Un fou est quelqu’un centré sur une blessure ancienne. Il la chérit. Il nous faut lui voler la puissance de sa concentration et la déplacer, la lancer sur ce qui nous fait face aujourd’hui, maintenant. Fou est celui pour qui celui rien n’arrive que du passé. Saint est celui pour qui tout est éternellement neuf.
Les vitraux de Conques au matin déchargent les joyaux d’un gris normand, polonais, russe, cette douloureuse et maternante kyrielle du gris qui va en suspens au-dessus des plaines, des haies, ce hurlement silencieux des hommes déserts. Une pas dans l’abbatiale et toutes les nourritures nous sont données. »
« La nuit du cœur » par Christian Bobin, Ed. Gallimard
